• Où vous sentez-vous chez vous? Où pouvez-vous enfin être vous-mêmes?

    Et si je vous disais que je me sens véritablement vivre lorsque j'écris. Et si j'affirmais que, peu importe le lieu, ma place est auprès d'un stylo et d'un carnet. Et si je vous murmurais que mon rôle sur cette Terre est tout trouvé: je dois écrire. Me ririez-vous au nez et déclareriez-vous que je suis bien présomptueuse de penser qu'un jour je manierai aussi bien les mots que ces légendes de l'écriture qui nous précèdent? Je me sens parfois orgueilleuse lorsque j'affirme bien écrire et vouloir devenir auteur. Après tout j'ai autant de talent dans toute ma personne que ces génies n'en avaient rien que dans leur petit doigt.

    Pourtant, j'ai beau renoncer, effacer, supprimer chacune des lignes que j'inscris sur cette étendue blanche, les jugeant trop mauvaises, pas assez parfaites, mal tournées, je ne connais pas meilleure sensation que ces brefs instants où les phrases découlent d'elles-mêmes de mes doigts, me traversant de toute part, transcendant chacune de mes cellules. Moi qui rêve toujours d'un "ailleurs", d'un "autrement", voyant sans cesse l'herbe plus verte au loin que sous mes pieds, j'ai enfin l'impression de ne plus faire tâche sur le décor monotone du temps qui passe. La vie ne me semble plus si absurde, les relations humaines plus si futiles, les faits plus si inutiles, les émotions plus si fades...


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  • Vois-tu ces larmes rouler sur mes joues? Ce ne sont pas réellement les miennes. Je pleure pour ce monde.

    Sens-tu cette odeur lourde et âcre? Ce n'est pas réellement la mienne. Je me parfume à l'hypocrisie des hommes.

    Aimes-tu ce goût âpre de cendres? Ce n'est pas réellement le mien. Mes lèvres ont la saveur de la mort d'innocents.

    Connais-tu la douceur de ma peau? Ce n'est pas réellement la mienne. J'ai volé cette parure aux voraces mains de l'Amour.

    Entends-tu ce tambourinement de cœur léger? Ce n'est pas réellement le mien. C'est celui de la vie.


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  • Cris et coups, haine et peur, pleuvent de toutes parts. L'horreur et l'impuissance, aux yeux pervers et aux mains avides, reviennent sur leurs pas. Elles leur enserrent la gorge d'une main et leur martyrisent le cœur de l'autre avec une dextérité qui ne peut être acquise que par une pratique régulière.

    Ils contiennent leur douleur, empêchent les hurlements de désespoir de franchir la barrière de leurs lèvres et conservent le tout dans les tréfonds inquiétants de leur âme meurtrie. Il ne leur reste alors plus que leurs larmes, brûlantes de rage, qui viennent tracer des chemins sinueux sur leurs joues rougies par la honte.

    Ils se croient faibles et indignes d'être aimés. Ils se pensent lâches et irrécupérables. On leur a enseigné qu'ils n'étaient rien, rien que de la poussière s'accumulant dans le recoin sombre d'une cave, des insectes répugnants qu'on écrase sous nos semelles impeccables. Le monde ne leur a appris qu'à se détester pour leur dire ensuite qu'ils ne devaient pas le faire.

    C´est une ville que je connais

    Une chanson que je chantais.
    Y a du sang sur le trottoir
    C´est sa voix, poussière brûlée
    C´est ses ongles sur le blindé.
    Ils l´ont battu à mort, il a froid, il a peur.
    De n´importe quel pays, de n´importe quelle couleur."

    Noir Et Blanc, de Bernard Lavilliers.


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  • Loin de tout, loin de tous, même de moi. Simplement l'ombre de celle que j'ai été, le pâle reflet de celle que j'aurais pu être. Certains me décrivent comme une fille franche et intelligente, minutieuse et têtue. Et vous que voyez-vous en moi? Pour ma part, il m'est arrivé et il m'arrive encore parfois de me visualiser en coquille vide. Rien qu'un bout de matière organique sans grand intérêt.

    Le qualificatif qui revient le plus souvent lorsque je demande aux autres comment ils me voient, c'est "intelligente". Pourtant je ne pense pas l'être. Loin de moi l'idée de vous faire, ici, un numéro de fausse modestie mal joué car nous en voyons déjà bien assez et qu'il y a peu de choses qui m'insupportent plus que l'hypocrisie de ces quelques mots: "Rooh mais non arrête tu l'es bien plus que moi voyons!" et l'habituel sourire en coin qui l'accompagne l'air de dire "je suis gêné(e)" mais qui, en vérité, laisse transparaître un orgueil surdimensionné. Pour tout vous avouer, je me demande parfois si je suis stupide... et rien que le fait de se poser cette question est sûrement une forme de bêtise. On dit souvent que " Personne n'est bête, seulement chacun possède une forme d'intelligence qui lui est propre.", et j'y crois dur comme fer. Cependant, je n'arrive pas à m'inclure dans ce "personne". 

    Certains diront peut-être que je suis trop dure envers moi-même. En vérité, je n'ai simplement pas confiance en moi. Mais, soyons bien d'accord, si quelqu'un s'approche et me déclare que je manque de confiance en moi, je nierai avec emphase car rien n'est plus vrai. J'espère au moins que cela ne fait pas de moi, en plus de tous les défauts que j'ai déjà, une lâche. Car s'il y a bien un défaut auquel je ne pourrais supporter d'être associée, c'est la lâcheté. (Chuuuuut! Silence vous tous! Je sais bien que je le suis parfois! Mais faisons comme si je ne l'étais jamais juste pour une fois, ok?)


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  • Je suis une fille, somme toute, assez banale; je vous l'accorde. Cependant, n'oublions pas que vous ne voyez en moi que ce que je vous laisse entrapercevoir de ma personnalité tout comme je ne vois en vous que ce que vous voulez bien me laisser voir (mais ça nous en avons déjà parlé). Ainsi chacun d'entre nous possède une facette, plus ou moins large, inaccessible au reste du monde. C'est bien dommage d'ailleurs car celle-ci est, bien souvent, plus fascinante que toutes celles visibles. Sa beauté brute, sans retouches extérieures, a quelque chose d'envoûtant. En ce cas, me demanderez-vous, à quoi bon la cacher de la sorte? Peut-être tout simplement qu'il y a quelque chose d'excitant à l'idée d'être les seuls à posséder un tel secret. Ou bien, peut-être que, dans une sagesse instinctive, nous savons reconnaître la véritable beauté et que nous voulons la préserver du polissage social inévitable qui l'abîmerait. Peut-être aussi est-ce nous faire trop d'honneur, à nous, assassins d'une autre beauté brute (la nature), que de penser cela.

    Prenons quelques secondes (oui là, maintenant, tout de suite) pour imaginer un monde sans supercheries, sans fausse modestie, sans mensonges, sans masques. Une jeune fille qui ne souhaitait qu'être elle-même peut enfin vivre vraiment, un jeune homme qui souffrait en silence, s'exprime en plein jour libérant dans le même temps une partie de sa douleur. Oh, bien sûr, le monde n'en deviendrait pas parfait pour autant, loin de là. Mais, quand même, qu'est-ce que ça ferait du bien d'être enfin soi! N'êtes-vous pas d'accord?

    Quelqu'un a, un jour, affirmé que les yeux étaient les fenêtres de l'âme. Dites-moi donc: pouvez-vous lire dans les miens, en les sondant méticuleusement, mon amour pour l'humanité et les mots ou bien ma peur incontrôlable de ne pouvoir vivre librement un jour? Pouvez-vous lire dans ceux de ce jeune homme, son dégoût puissant pour la vie et qu'encore hier au soir sa main, armée d'un rasoir, tremblait au-dessus de la veine de son poignet? Pouvez-vous lire dans ceux de cette femme, sa lente descente vers les Enfers depuis son mariage et sa haine envers elle-même de se sentir si impuissante lorsqu'il lève la main sur elle? Pour la plupart d'entre vous, vous n'y parviendrez pas. La raison est bien simple: vos yeux sont, certes, rivés sur ces âmes meurtries mais ne les voient pas. Votre regard est en fait plongé dans votre propre âme, vos propres tourments, votre petit monde.


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